Le secrétaire général de la Ligue arabe était hier à Khartoum. Amr Moussa s’est entretenu avec le président soudanais Omar El-Bachir. Au programme des discussions, le plan politique et juridique proposé par la Ligue arabe au Soudan à la lumière de l’émission, par la Cour pénale internationale, d’un mandat d’arrêt à l’encontre du président soudanais. Rien n’a filtré sur la teneur de ce plan, si ce n’est quelques bribes mais, surtout, une condamnation arabe de la politique du deux poids, deux mesures de la CPI.
Les ministres arabes des Affaires étrangères ont également fustigé une «position déséquilibrée» de la Cour pénale internationale, une justice qui participe plus à l’exacerbation des haines, et donc à l’aggravation des problèmes qu’à leur solution. D’ailleurs, dans leur déclaration, les chefs de la diplomatie arabes ont estimé que «cette décision du procureur n’aide pas à la stabilité mais, au contraire, risque d’aviver les tensions». La démarche du procureur de la CPI est d’autant plus condamnable qu’elle se focalise uniquement sur les officiels soudanais ; pas un mot sur les exactions qu’aurait pu commettre la rébellion du Darfour.
Poursuivant dans cette foulée, la Ligue arabe a condamné «toute tentative de politisation des principes de la justice internationale, et son utilisation à des fins visant la fragilisation de la souveraineté des Etats, de leur unité nationale, de leur stabilité ainsi que l’atteinte aux symboles de la nation». L’allusion est claire, la démarche du procureur Luis Moreno Ocampo ne vise rien d’autre que la décapitation politique du Soudan et l’annihilation de la politique du renouveau national dans ce pays, à la lumière de l’accord de paix de Nivasha en 2005 entre le gouvernement central et l’ex-rébellion du Sud.
C’est à la lumière de ces enjeux que le conseil de la Ligue arabe a exhorté le Conseil de sécurité de l’ONU à «l’extrême prudence dans le traitement des événements au Soudan, notamment dans la prochaine période». Il s’agit, estiment les diplomates arabes, «de ne pas donner l’occasion à quelque partie que ce soit, ou d’œuvrer dans un sens contraire aux efforts entrepris pour régler politiquement la crise au Darfour». Dans cette optique, la Ligue arabe apporte son soutien au Soudan «dans sa lutte contre les entreprises visant sa souveraineté, son unité et sa stabilité».
Tout en prenant en considération la non-ratification par Khartoum des instruments juridiques de la Cour pénale internationale, chose qui rend le Soudan hors de la juridiction de cette cour, et donc non concerné par les décisions de la CPI, la Ligue arabe réaffirme «la pertinence de la justice soudanaise dans le traitement des cas d’éventuelles exactions au Darfour». Les ministres arabes demandent ainsi à la communauté internationale de faire confiance à la justice soudanaise ; en contrepartie, la Ligue arabe propose des garanties sur l’impartialité de tout procès se déroulant au Soudan. Il s’agit de l’envoi d’observateurs arabes et africains à Khartoum.
Des fuites organisées le week-end dernier ont fait état d’une proposition arabe visant à demander au Soudan de permettre l’extradition de deux citoyens soudanais mis en cause par la CPI. Le deal proposé ressemble à s’y méprendre au marché passé entre la Libye et la Cour internationale de justice à propos des deux libyens accusés dans l’attentat contre l’avion de la Panam en 1989 au-dessus de l’Ecosse. Tripoli avait monnayé la levée des sanctions internationales contre la remise de ces deux ressortissants. Khartoum avait auparavant refusé toute extradition de Soudanais vers tout tribunal international. Le Soudan soutient la pleine capacité de la justice du pays à juger les crimes commis au Darfour.
source:jeune independant
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