Dix jours après l'attentat kamikaze qui a ciblé le port de pêche de
Zemmouri et qui a fait 8 morts, tous des civils, un autre attentat
kamikaze a ciblé hier matin, vers 7h30, l'Ecole supérieure de la
gendarmerie nationale des Issers, à 20 km à l'est de Boumerdès.
L'attentat, l'un des plus meurtriers de ces dix dernières années, a
fait selon le bilan officiel 43 morts (42 civils et un gendarme) et 45
blessés, dont 13 gendarmes.
Les terroristes semblent avoir bien planifié leur macabre entreprise
pour faire un maximum de victimes, en ciblant l'Ecole supérieure de la
gendarmerie des Issers qui accueille depuis un mois de nombreux
candidats désirant rejoindre le corps du Darak. Les victimes sont des
candidats venus des quatre coins de l'Algérie pour passer un test
psychotechnique d'entrée à l'Ecole supérieure de gendarmerie des
Issers. Le niveau requis est celui de licence.
Selon des
témoignages recueillis sur place, un kamikaze à bord d'une fourgonnette
roulant dans le sens Tizi Ouzou-Alger a, au moment de l'ouverture d'une
porte donnant accès à l'école, foncé en direction de celle-ci et devant
laquelle étaient rassemblés les candidats. D'autres sources indiquent
que les kamikazes étaient au nombre de deux. L'un a foncé au volant
d'un véhicule pour percuter la porte d'entrée de l'école, alors que
l'autre se serait faufilé au milieu de la foule pour se faire exploser
au milieu des candidats.
Le périmètre situé devant l'entrée
principale de l'école sur la RN 12 ressemblait à un champ de bataille
tant les corps des victimes jonchaient le sol sur une cinquantaine de
mètres à la ronde. Des lambeaux de chair des victimes venues pour le
dernier test psychotechnique gisaient au milieu de la rue. Parmi les
victimes, trois membres d'une famille venus de l'est du pays
accompagner leur fils et frère candidat à rejoindre les rangs de la
gendarmerie. Ils attendaient ce dernier à l'extérieur de l'école
lorsqu'ils ont été fauchés par l'explosion.
Le jeune homme
s'en est sorti indemne, alors que sa mère, son père et son frère ont
péri. Inconsolable, il a été pris en charge par les éléments de
l'école. Autre victime de cet aveugle attentat «Doudja», une vieille
femme de ménage qui travaille depuis toujours à l'école. Originaire de
Chaabet El-Ameur, elle laisse derrière elle une famille dont elle seule
assurait la survie. «C'était une véritable mère pour nous», murmure
difficilement un gendarme.
Un car assurant la liaison
Oran-Alger-Tizi Ouzou passant à proximité de l'école au moment de
l'explosion a vu ses vitres voler en éclats. Les passagers s'en sont
sortis avec des blessures au niveau du visage. Le chauffeur du car dira
que le véhicule du kamikaze qui venait en sens inverse a soudain braqué
pour se diriger droit vers la porte de l'école. «Mon premier geste fut
d'appuyer sur la pédale de frein». Le Mercedes s'arrêta quelques
secondes plus tard à 10 mètres du cratère creusé par la forte
déflagration. Les blessés ont été évacués vers les hôpitaux de Bordj
Menaïel, de Thénia, de Tizi Ouzou et de Rouiba.
Selon le
ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni, les terroristes
s'attaquent de front aux civils. Deux villas situées de l'autre côté de
la rue ont subi d'énormes dégâts. Les familles qui n'avaient pas encore
quitté leurs lits ont été blessées et évacuées vers Bordj Menaïel.
Selon un proche, ce sont les débris des vitres qui les ont touchés,
alors qu'une femme a été blessée par un meuble qui lui est tombé
dessus. A 300 mètres du lieu de l'attentat fut projeté ce qui reste du
moteur du véhicule du kamikaze. «Il a atterri à 2 mètres de la terrasse
d'un café», raconte un citoyen qui attendait son transport.
L'atmosphère en ce matin du mardi est lourde et les «Isseris» ne
comprenaient toujours pas ce qui venait de se passer dans leur paisible
localité. Approché, le maire des Issers, M. Chetta, dira: «J'habite à 1
km de l'école, le bruit assourdissant venait de l'autoroute. J'ai
accouru pour tomber sur ces scènes de fin du monde». Le bruit des
sirènes d'une vingtaine d'ambulances qui faisaient depuis 7h30 des
va-et-vient incessants vers les hôpitaux d'accueil ne laissait place à
aucun autre son. Durant cette matinée, le centre-ville des Issers fut
isolé, la circulation était déviée. Un embouteillage s'étendait jusqu'à
Si Mustapha à l'ouest et Bordj Menaïel à l'est.
C'est vers 11
heures que le ministre de l'Intérieur est arrivé sur les lieux. M.
Zerhouni s'enquit d'abord de l'état des blessés, avant de se rendre
chez une famille habitant une villa endommagée située en face de
l'école où il eut une longue discussion avec le chef de famille. A sa
sortie, le ministre de l'Intérieur dira que «nous faisons face à des
groupuscules qui connaissent des dissensions entre eux.
Et
c'est la course au leadership qui les pousse à agir ainsi. Les
terroristes sont acculés partout, ils essayent de faire sensation en
s'attaquant aux civils et ils évitent la confrontation avec les
services de sécurité». Zerhouni en veut pour preuve «l'attentat de Tizi
Ouzou, qui a coûté la vie à 23 civiles, celui de Zemmouri 8 civils et
aujourd'hui 42 jeunes, futurs cadres de l'Etat qui n'ont pour ambition
que de service leur pays.»
A une question sur le fait que ces
attentats se soient produits sur l'axe Tizi Ouzou-Boumerdès-Bouira, le
ministre de l'Intérieur dira que les événements de 2001 qu'a connus la
Kabylie, et le départ des gendarmes, a facilité l'implantation et le
déplacement des groupes armés qui ont pris pour base arrière cette
région du pays. Mais, selon Zerhouni, cela n'empêchera pas l'Etat de
mettre tous les moyens pour en finir avec cette frange qui ne cesse
d'endeuiller des familles.
Le ministre s'est rendu par la
suite accompagné du wali de Boumerdès, M. Merad Brahim, vers l'hôpital
de Bordj Menaïel, qui a reçu le plus grand nombre de blessés, alors
qu'au niveau de la morgue de cet établissement sept cadavres sont
classés sous X.
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