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Fermez la Bibliothèque nationale ! |
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30-10-2008 |
Adonis n’est qu’un homme, mais c’est néanmoins un penseur libre qui
exprime un point de vue dans un espace censé être réservé à la pensée,
à l’intelligence, au débat et à la confrontation d’idées. L’inquisition
a eu raison d’Amine Zaoui qui a eu le tort de sacraliser la liberté de
dire, de réfléchir, de penser et de s’exprimer.
L’inquisition a eu raison d’Adonis qui a cru qu’il
pouvait penser librement en Algérie au moment où le pays est en train
de vaincre ceux qui ont fait taire Djaout, Liebes, Boukhobza, Hasni,
Alloula et tant d’autres hommes et femmes qui ont résisté par la
parole, l’art et la plume à l’ordre inquisiteur rampant et qui semble
connaître un retour en force. Zaoui est limogé à la veille du Salon du
livre, à la veille d’une manifestation devant symboliser
l’intelligence, la connaissance, le savoir et non le charlatanisme, la
pensée unique, la pensée fossilisée et la médiocrité. Quand une nation
se sent menacée par une pensée, elle prête le flanc à toutes les
dérives et se prépare à se renfermer sur elle-même. Est-ce le cas de
l’Algérie du troisième millénaire ? La diatribe menée contre Adonis
rappelle celle menée par El Ghazali contre Kateb Yacine au lendemain de
son décès en octobre-novembre 1989 quand la Télévision algérienne a
permis à un homme de s’attaquer à un monument de la littérature
algérienne, à un symbole de la résistance au colonialisme, à un
défenseur de l’identité nationale et des masses laborieuses contre le
capitalisme qui fait aujourd’hui encore des victimes à travers le
monde. En 1989, l’Etat a cédé au conservatisme, à l’archaïsme et à
l’obscurantisme qui ont provoqué une tragédie nationale et ouvert la
voie à toutes les dérives, aux mercenaires de tous bords pour piller
les richesses, le patrimoine et porter atteinte à la dignité de
l’Algérien.
En 2008, l’Etat est en train de
céder aux pressions du même courant qui veut faire taire toutes les
voix libres, tous les débats qu’impose la conjoncture nationale et
internationale pour que ledit courant soit l’unique voix qui berne le
peuple et qui sclérose l’intelligence et le génie. Ibn Rochd sera
encore tué une seconde fois par la bêtise humaine et par ceux qui
refusent toute idée contradictoire et tout discours qui soulève des
questions taboues. Le terrorisme intellectuel est plus assassin que le
terrorisme armé car, quand on assassine les idées, on bloque toutes les
perspectives d’émancipation sociale.
Le
pire des sous-développements est celui des idées et non celui de
l’économie car ce sont les idées qui définissent les idéaux, éclairent
les lendemains sombres et déchirent le voile qui couvre les
perspectives et les horizons prometteurs. Amine Zaoui a quitté les
halls de la Bibliothèque nationale. Faut-il fermer la Bibliothèque
nationale pour qu’il n’y ait plus de voix d’Adonis qui tonne dans ses
salles et remplisse ses espaces de liberté ?
Ou faut-il interdire
toute expression libre au sein de cette institution où se bousculent
des voix imprimées dans des millions d’ouvrages à la gloire de la
pensée, de la liberté et du débat d’idées ?
A. G. (Tribune)
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