C'est un vrai vent de panique bancaire qui souffle sur le monde. Le
président américain George W. Bush a lancé un appel solennel au Congrès
pour avaliser le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars. Des
nationalisations ouvertes qui sonnent, et pas seulement au niveau du
symbole, le glas d'un ultralibéralisme inauguré par Reagan et Thatcher.
On parle d'actifs «toxiques» alors qu'en réalité tout le
système a été contaminé par une logique spéculative débridée. Ce serait
par milliers que les banques américaines risquent de disparaître. La
crise n'est pas sectorielle mais systémique et pourrait avoir un effet
de ralentissement de l'activité économique mondiale. C'est à ce niveau
que pourraient se manifester les conséquences de la crise sur
l'Algérie.
Le poids des Etats-Unis est tel qu'une décroissance de son économie de
quelques points pourrait entraîner une baisse importante de l'activité
économique mondiale. Ainsi, d'un point de vue global, les risques de
récession grave au niveau planétaire sont clairement envisagés. C'est à
ce niveau que la «contamination» pourrait toucher l'Algérie. Une
récession se traduisant par une baisse de l'activité entraînerait une
réduction de la demande énergétique et, mécaniquement, une baisse des
prix. Les responsables algériens ont laissé entendre qu'à moins de 70
dollars le baril on serait dans la zone rouge et on aurait de la
difficulté à financer les plans d'investissements.
C'est une
conséquence en quelque sorte «indirecte», celle de l'évolution de
l'actuelle crise du système financier vers une récession économique
généralisée qui constitue le plus grand danger. Une baisse des prix de
l'énergie combinée à une baisse du dollar pourrait nous ramener à des
situations déjà vécues. Il faut donc suivre avec intérêt les effets de
la crise financière et ses incidences sur l'économie réelle. La
thérapie proposée par l'administration américaine apparaît pour
beaucoup comme une solution d'urgence pour éviter une dégradation
brutale de l'économie.
Les Asiatiques garantissent nos T-Bonds
C'est donc de l'évolution de la situation «globale» que l'Algérie
pourrait ressentir les effets de la crise. L'économie algérienne n'est
pas fortement connectée au système financier international, la crise
qui le secoue ne devrait pas avoir des incidences directes immédiates.
Le gouverneur de la Banque d'Algérie pouvait faire valoir récemment -
dans une rencontre où une partie de la presse a été exclue pour le
motif bancal de «salle trop étroite» - que la «sagesse» de la gestion
des réserves de change prémunit le pays des conséquences des vapeurs
empoisonnées que dégage le système financier américain. Cela n'est pas
inexact. A condition de constater que nous ne vivons pas en autarcie,
que le pays commerce avec le reste du monde.
L'une des
questions les plus récurrentes est celle de savoir si les placements
algériens en bons du Trésor américain, quelque 43 milliards de dollars,
sont menacés. En fait, ces bons sont garantis par la première économie
du monde et sont considérés, avec l'or, comme le placement le plus sûr.
Nos petits 43 milliards $ ne sont rien à côté des quelque 1.300
milliards de dollars placés en bons de Trésor par les Chinois, les
Japonais et les Sud-Coréens. Seule une vente brutale et massive de ces
bons sur le marché mondial pourrait entraîner une dégradation de leur
valeur. Une dépréciation du dollar pourrait en aggraver la
dépréciation. Mais la masse de bons de Trésor détenus par ces pays
asiatiques est telle qu'ils feront tout pour éviter cette éventualité.
En somme, ce sont les Asiatiques qui «protègent» nos «T-Bonds». Comment
agiront ces pays à l'avenir ? Tout indique qu'ils s'orienteront vers
des politiques économiques qui diminuent leur dépendance du système
américain. Ce qui est sûr est qu'avec des rendements durablement
faibles, la rémunération de ces fameux «T-Bonds» pourrait être réduite,
voire ramenée à zéro. Quant à l'hypothèse qu'on «perdrait» ces bons de
Trésor, cela supposerait que les Etats-Unis d'Amérique seraient devenus
insolvables. Ce qui, même avec la crise actuelle, paraît totalement
absurde.
Par:Le quotidien d'Oran.
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