Les personnes concernées par les mandats risquent une arrestation et une extradition vers la France à chaque fois qu'elles quitteront le territoire marocain.
Quatre mandats d'arrêt internationaux, émis par la France dans l'affaire de la disparition de l'opposant marocain Mehdi Ben Barka le 29 octobre 1965 à Paris, ont été diffusés par Interpol après l'accord récent du ministère français de la Justice, ont rapporté jeudi certaines agences de presse. Signés le 22 octobre 2007 par le juge parisien Patrick Ramaël en charge du dossier, au moment où le président Sarkozy effectuait sa première visite d'État au Maroc, ces mandats ont été notifiés par Interpol ces derniers jours. Diffusés sur le territoire français, ces mandats étaient alors bloqués aux niveaux européen et mondial. L'un d'entre eux concerne le général Hosni Benslimane, chef de la Gendarmerie royale du Maroc, qui officiait au cabinet du tout puissant général Oufkir à l'époque des faits. Les trois autres visent respectivement le général Abdelhak Kadiri, ancien chef des services de renseignement d'Hassan II, Miloud Tounsi, membre présumé du commando qui a enlevé Mehdi Ben Barka et Abdelhak Achaabi, agent d'une unité d'élite secrète des Services marocains, connue sous le sigle de Cab 1. En 2007, le juge Ramaël avait émis cinq mandats d'arrêt, mais le cinquième, visant un autre agent de Cab 1, n'a pas été relayé au plan international à cause d'un problème de vérification d'identité, selon des sources au fait du dossier. Les personnes concernées par les mandats risquent une arrestation et une extradition vers la France à chaque fois qu'elles quitteront le territoire marocain. Les autorités du royaume n'avaient pas encore réagi jeudi après la diffusion de l'information, mais une source proche du ministère marocain de la Justice aurait confié à l'AFP que "c'est une surprise, mais aussi une ancienne affaire qui revient à la surface chaque fois qu'une partie occulte veut salir les relations excellentes entre le Maroc et la France". Pour Maître Buttin, avocat de la famille Ben Barka depuis 44 ans, il s'agit de "réveiller les esprits endormis" sur une affaire qui "fait partie des relations entre le Maroc et la France", tandis que l'Association marocaine des droits humains a immédiatement appelé les autorités du royaume "à communiquer toutes les informations en leur possession" pour lever les nombreuses zones d'ombre qui entourent encore l'enlèvement et la disparition du célèbre opposant marocain. Ben Barka était socialiste, chef incontesté de l'opposition marocaine en exil et jouait un rôle de premier plan dans le mouvement tiers-mondiste. Il a été enlevé le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp à Paris, à la faveur d'une opération montée et menée par les services secrets marocains du roi Hassan II et du général Oufkir, avec la complicité établie de truands et de policiers français. L'affaire, qui a ébranlé même les sommets de l'autorité française, représentée alors par le général De Gaulle, n'a jamais été totalement élucidée. Le corps de Ben Barka n'a jamais été retrouvé et les circonstances de sa mort jamais établies avec certitude. Les dizaines de livres et les films qui lui ont été consacrés n'y feront rien et sa famille continue, 44 ans après, de réclamer la vérité et la justice.Â
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