Selon le site indépendant
RealClearPolitics (RCP) qui établit une moyenne des sondages, le
candidat démocrate disposait en fin de semaine d’un avantage de plus de
huit points sur son adversaire (50,4% contre 42,4%). Mais les scrutins
précédents ont montré que beaucoup d’électeurs se décident la dernière
semaine. Dans le système électoral américain, il s’agit moins de gagner
le vote populaire que d’engranger au moins 270 des 538 grands électeurs
qui composent le collège électoral. L’élection se joue dans une dizaine
d’Etats indécis, les « swing States », capables de basculer d’un camp à
un autre jusqu’à la dernière minute et de faire la décision. En 2000,
George W. Bush a remporté la présidentielle avec moins de voix que son
adversaire démocrate, Al Gore, au niveau national. En 2004, l’élection
s’est jouée dans un seul Etat, l’Ohio (nord), remporté par M. Bush avec
un peu moins de 120.000 voix d’avance sur plus de 5,6 millions de
suffrages exprimés. McCain, qui tout long de sa carrière a fait preuve
d’une pugnacité hors normes, a promis de se battre jusqu’au mardi 4
novembre, jour du scrutin. « Ne jamais renoncer, ne jamais s’avouer
battu », répète à l’envi l’ancien prisonnier de guerre.
Il devait concentrer ses derniers efforts sur la Floride, l’Ohio, la
Virginie, la Caroline du Nord et la Pennsylvanie. S’il parvenait à
remporter ces cinq Etats et à ne pas abandonner à son adversaire trop
d’Etats gagnés par M. Bush en 2004, il conserverait une chance d’être
élu. M. McCain, 72 ans, n’est jamais aussi combatif que quand il est
donné perdant. Avant les primaires républicaines, au cours de l’été
2007, sa campagne était donnée moribonde et la plupart des experts
s’attendaient à ce qu’il abandonne la course. Il a finalement terrassé
tous ses rivaux, et dès mars 2008, la course à l’investiture
républicaine était scellée. Ces derniers jours, le candidat s’est fait
l’avocat des petits entrepreneurs ou des Américains qui rêvent de le
devenir, dénonçant le programme « socialiste » de son adversaire qui,
selon lui, veut « redistribuer les richesses ». Cet argument peut
porter dans un pays où la réussite individuelle fait partie de
l’imaginaire collectif. Barack Obama, 47 ans, veut s’efforcer de
convaincre ses partisans que la partie n’est pas encore gagnée, afin de
maintenir la mobilisation.
Le démocrate ne cesse de rappeler la mésaventure dont il fut victime
durant les primaires démocrates. Donné favori dans le New Hampshire, il
avait levé le pied, permettant à sa rivale, Hillary Clinton, de se
remettre en selle. La course à l’investiture démocrate avait été
relancée et a duré jusqu’en juin. M. Obama, qui affirme vouloir
réconcilier les Américains au-delà de leurs différences, a reçu le
soutien de personnalités républicaines, comme l’ancien secrétaire
d’Etat Colin Powell. Il a décidé de porter le fer dans les derniers
jours de campagne dans les mêmes Etats que ceux convoités par
M. McCain. Pour cela, le candidat démocrate, qui pourrait devenir le
premier Noir à entrer à la Maison-Blanche, dispose d’un trésor de
guerre impressionnant, avec 13,4 millions de dollars en banque début
octobre. Jamais une campagne présidentielle n’a coûté aussi cher. Elle
devrait dépasser le milliard de dollars d’ici le 4 novembre.
De généreux donateurs ont décidé de lui faire confiance, malgré le
recul des sondeurs qui craignent que l’Amérique ne votera pas pour un
Noir. Mais l’élection du 4 novembre est déjà historique pour avoir déjà
mobilisé non seulement l’Amérique, mais aussi le monde, ce dernier
beaucoup plus par curiosité à l’égard de la société américaine que dans
l’attente d’un éventuel changement.